Vinyls collection : Votre collection de disques en ligne
Payments by PayPal Pour continuer à vivre, Vinyls-collection a besoin de vous ! Participez à notre cagnotte.
Vous êtes ici : Accueil >> Index du Forum >> On Record >> La série « ACTUEL » du label BYG Records

La série « ACTUEL » du label BYG Records

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 10:28
Le label BYG voit le jour en mars 1967, il est créé par trois passionnés dont la première lettre du nom formeront le sigle BYG : Fernand Boruso, Jean-Luc Young et Jean Georgakarakos. Le premier à quitter le navire en 1969 sera Boruso, il sera remplacé par Claude Delcloo, à la fois batteur du « Full moon Ensemble » et fondateur du magazine, aujourd’hui mythique, « Actuel » qui alors ne se préoccupait que de jazz. C’est donc lui qui baptisera la série du nom de son journal, ça tombe bien la musique enregistrée sera rebelle et underground. Il aura un grand rôle également pour la signature de grands noms du free américain qui, venus du Panafrican festival à Alger en juillet 69, passeront par Paris pour participer à un festival de cinq jours (qui se déroulera en fait à Amougies après avoir été interdit en France par les autorités).

Après avoir réédité des albums issus de Savoy , signé quelques groupes de rock et de jazz français, la série BYG Actuel va être lancée, elle se composera essentiellement d’albums de free Jazz, mais aussi de rock ou de musique électronique et contemporaine. Encore aujourd’hui elle fascine par la qualité musicale des albums même si elle garde un côté amateur et même borderline, certains artistes seront mal payés, les droits d’auteur bafoués et le personnel non déclaré…

Pour la clarté de la présentation il est très souhaitable de conserver l’ordre des parutions en progressant à partir du numéro 1, l’album de Don Cherry. Il n’est pas toujours aisé de se procurer les originaux, il y a eu plusieurs vagues de réédition pour certains albums. Les premières rééditions BYG sont assez facilement identifiables, par contre les rééditions récentes venus des Etats-Unis reprennent les modèles d’origine, mais en 180 grammes. Il convient toutefois d’être vigilant pour bien savoir ce qu’on achète, certains originaux sont parfois onéreux.

Voici les albums de la série :

01 Cherry, Don - Mu - First Part
02 Art Ensemble of Chicago - A Jackson in Your House
03 Murray, Sunny - Hommage To Africa
04 Shepp, Archie - Yasmina, a Black Woman
05 Allen, Daevid - Magick Brother
06 Jones, Arthur - Africanasia
07 Puig, Michel - Stigmates
08 Greene, Burton - Aquariana
09 Lyons, Jimmy - Other Afternoons
10 Jack, Alan - Bluesy Mind
11 Shepp, Archie - Poem for Malcolm
12 Silva, Alan - Luna Surface
13 Bley, Paul - Ramblin'
14 Acting Trio - Acting Trio
15 Braxton, Anthony - B-Xo/N-0-1-4-7a
16 Cyrille, Andrew - What About?
17 Kuhn, Joachim - Sounds Of Feelings
18 Shepp, Archie - Blasé
19 Coursil, Jacques - Way Ahead
20 Burrell, Dave - Echo
21 Moncur, Grachan - New Africa
22 Terroade, Kenneth - Love Rejoice
23 Thornton, Clifford - Ketchaoua
24 Ame Son - Catalyse
25 Freedom - Freedom At Last
26 Musica Elettronica Viva - Sound Pool, The
27 Marietan, Pierre & Terry Riley - Germ-Keyboard Study 2
28 Art Ensemble of Chicago - Message to Our Folks
29 Art Ensemble of Chicago - Reese and the Smooth Ones
30 Burrell, Dave - La Vie de Bohème
31 Cherry, Don - Mu - Second Part
32 Murray, Sunny - (Never Give A Sucker) An Even Break
33 Moncur, Grachan - Aco Dei De Madrugada
34 Redman, Dewey - Tarik
35 Musica Elettronica Viva - Leave The City
36 Wright, Frank - One For John
37 Sharrock, Sonny - Monkey-Pockie-Boo
38 Shepp, Archie and The Full Moon Ensemble Live In Antibes Vol. 1
39 Shepp, Archie and The Full Moon Ensemble Live In Antibes Vol. 2
40 Sun Ra – The Solar-Myth Approach Vol. 1
41 Sun Ra – The Solar-Myth Approach Vol. 2
42-43-44 Silva, Alan - And The Celestrial Communications Orchestra (3 Lp)
45 Allen, Daevid - Banana Moon
46 Kuhn, Joachim - Paris Is Wonderful
47 Braxton, Anthony - This Time
48 Murray, Sunny - Sunshine
49 Coursil, Jacques - Black Suite
50 Jones, Arthur - Scorpio
51 Shepp, Archie - Live at the Pan-African Festival
52 Lacy, Steve - Moon
53 Gong - Camembert Electrique

Bon le jazz et encore moins le free n’ont pas attiré les foules sur ce forum mais pas grave…

Non Connecté baskerville
Inscrit le : 24/06/13
Membre Disque d'Or
1487 messages
Posté le 15/06/15 à 10:36
Excellent Cush!

Je suis en train de lire, dans la série "le mot et le reste", le livre de Maxime Delcourt, "IL y a des années où l'on a envie de ne rien faire. 1967-1981 Chansons expérimentales"

Il y a un paragraphe sur BYG, mais tu complètes avec la liste des albums.

Merci pour cette compilation.
(quelques incontournables!)


Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 10:49
1-Don Cherry - Mu - First Part

Image utilisateur

Quoique BIEM cet album souvent classé comme un original possède une pochette à dominante orange, il existe une autre pochette aux couleurs éclatantes bien plus jolie que celle-ci, de plus elle est gatefold, il faut la préférer à cette version...

Image utilisateur

La série commence très fort avec cet album de Don Cherry et d’Ed Blackwell. On connaît l’importance de Don Cherry aux côtés d’Ornette Coleman, son rôle de guide dans l’éclatement du free en France et surtout son désir d’étudier et de mélanger toutes les musiques. Au retour d’un voyage au Maroc, on retrouve ici son goût pour les instruments venus du monde entier dont il joue aussi bien que de la trompette de poche, de la flûte ou du piano. Toutes ces couleurs instrumentales, clochettes et percussions, flûte Indienne et bambou nous emmènent dans un long voyage ou l’on découvre les mille facettes d’une Asie cotonneuse et paisible.

Ed Blackwell lui aussi est un vieux compagnon d’Ornette et de Don Cherry, les deux n’ont même plus besoin de se regarder pour se comprendre, ses tambours puisent la richesse de ses rythmes dans les traditions anciennes de la Nouvelle Orléans, son toucher est doux et délicat, il caresse les peaux, frotte les cymbales, tout vibre à l’unisson en nuances adroites et subtiles. Son discours foisonne avec retenue de toutes les couleurs de son instrument sans jamais s’épuiser…

Image utilisateur

Issu de ces mêmes sessions un volume deux tout aussi excellent sera publié. Un peu plus tard une réédition sous la forme d'un double album regroupera les deux enregistrements (série double actuel ou série 200).

Image utilisateur


Image utilisateur

Image utilisateur


Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 10:50

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 10:57

baskerville a écrit :
Excellent Cush!

Je suis en train de lire, dans la série "le mot et le reste", le livre de Maxime Delcourt, "IL y a des années où l'on a envie de ne rien faire. 1967-1981 Chansons expérimentales"

Il y a un paragraphe sur BYG, mais tu complètes avec la liste des albums.

Merci pour cette compilation.
(quelques incontournables!)


Si je ne me trompe pas "Il y a des années où l'on a envie de ne rien faire" est la devise du label Saravah...
Je crois que je suis rentré dans une période de ma vie où cette phrase me colle à la peau...
Je ne connais pas le livre dont tu parles, mais j'essaierai d'y jeter un coup d'oeil!

Non Connecté baskerville
Inscrit le : 24/06/13
Membre Disque d'Or
1487 messages
Posté le 15/06/15 à 11:12
C'est bien la devise de Saravah. Il consacre d'ailleurs pas mal de pages au label
Le livre est écrit par un journaliste des "Inrocks", il est sorti récemment.
Bon, pour moi ce n'est pas un critère, et de plus j'ai relevé quelques erreurs, il y a pas mal de redite aussi, je trouve.

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 15:42
02- Art Ensemble of Chicago: A.A.C.M., Great Black Music, A Jackson in Your House

Image utilisateur

A1 A Jackson In Your House 5:50
A2 Get In Line 4:45
A3 The Waltz 1:16
B Ericka / Song For Charles 21:30

Bass, Bass [Fender], Banjo, Drums [Log], Guitar [Cythar], Percussion – Malachi Favors
Saxophone [Alto, Soprano, Bass], Clarinet, Flute, Cymbal, Gong, Congas, Drums , Bells, Other, Whistle, Steel Drums – Roscoe Mitchell
Saxophone [Alto, Soprano], Clarinet, Oboe, Flute, Marimba, Vibraphone, Congas, Bells, Whistle, Gong, Other [Siren], Guitar – Joseph Jarman
Trumpet, Flugelhorn, Drums [Bass], Horns – Lester Bowie


Pour faire vivre le label Claude Delcloo contacte l’association de l’A.A.C.M. de Chicago et convint les quatre musiciens de l’Art Ensemble de venir à Paris pour enregistrer une série d’albums, tantôt pour Byg, tantôt pour « America ». Ceux-ci vont vivre de façon communautaire dans la capitale, se produire en concert et enregistrer, en plus de leurs albums, le fameux « Comme à la radio » avec Brigitte Fontaine et le recherché « Je suis un sauvage » d’Alfred Panou pour Saravah.

Rien moins qu’une cinquantaine d’instruments est utilisée sur cet album, ces musiciens savent tout faire : poly instrumentistes, rythmiciens, improvisateurs (le dernier titre de l’album « Song for Charles », en hommage au contrebassiste disparu, est une improvisation totale), danseurs conteurs ou poète, l’éventail est large…

Cet album, leur premier, est toutefois assez sage, après une série d’hommages décalés aux anciens sur le titre d’ouverture (A jackson in Your House »), on côtoie de la free-music qui sculpte les silences avec de brèves interventions des cuivres et des percussions, pas de colère ni de tempête ici, juste une collision entre la musique d’autrefois et la musique plus contemporaine. Pas le meilleur album du groupe c’est sûr, mais un travail intéressant sur une sorte d’esthétisme du bruit…

Image utilisateur

Le verso de l'album est un hommage au contrebassiste disparu "Charles Clark"

Image utilisateur

Image utilisateur

Parution également dans la série Double actuel en compagnie de l'album "Message to our Folks"

Image utilisateur

Image utilisateur

Image utilisateur


Non Connecté thibaut
Inscrit le : 15/07/13
Membre Disque d'Or
1102 messages
Posté le 15/06/15 à 18:39
Je vais encore saigner du sang sur ce fil

Non Connecté lolivejazz
Inscrit le : 24/03/13
Membre Disque Diamant
2882 messages
Posté le 15/06/15 à 19:14
J'apprécie beaucoup leurs publications free.
J'ai beaucoup moins accroché sur l'expérimental (Michel Puig, Musica Elettronica Viva) que je n'ai pas gardé.
Ils ont fait un autre heureux

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 20:57

lolivejazz a écrit :
J'apprécie beaucoup leurs publications free.
J'ai beaucoup moins accroché sur l'expérimental (Michel Puig, Musica Elettronica Viva) que je n'ai pas gardé.
Ils ont fait un autre heureux


Tu verras une photo de la bête en question au n° 7! Il m'aura fallu plus de cinq ans pour tous les rassembler, la plupart originaux mais pas tous... En fait j'attends encore le Dewey Redman mais il est en route...

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 20:59

thibaut a écrit :
Je vais encore saigner du sang sur ce fil

Ben ce n'est pas le but, bien au contraire, c'est pour faire connaître cette musique...

Non Connecté marillion
Inscrit le : 18/11/12
Membre Double LP
497 messages
Posté le 15/06/15 à 22:06
Sur ceux que je possède, le "18" est surement mon préféré.

Non Connecté fred36
Inscrit le : 08/05/14
Membre Disque Diamant
3881 messages
Posté le 15/06/15 à 22:22

cush a écrit :
(citation)

Ben ce n'est pas le but, bien au contraire, c'est pour faire connaître cette musique...


et je te remercie pour ça !
meme si je dois avouer que ce n'est pas toujours facile d'acces , du moins pour moi

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 22:58

marillion a écrit :
Sur ceux que je possède, le "18" est surement mon préféré.

Ah! Bien oui, je suis un "mordu" de Shepp alors je dis d'accord! Mais il y en a d'autres des pépites...

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 23:00

fred36 a écrit :
(citation)
et je te remercie pour ça !
meme si je dois avouer que ce n'est pas toujours facile d'acces , du moins pour moi


C'est moi ! ça fait plaisir des retours comme celui-là!

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 15/06/15 à 23:11
03- Sunny Murray: Hommage To Africa

Image utilisateur

A1 Suns Of Africa - Part 1 15:15
A2 Suns Of Africa - Part 1 2:40
B1 R.I.P. 10:35
B2 Unity 6:55

• Alto Saxophone, Flute – Roscoe Mitchell
• Arranged, composed By – Sunny Murray
• Bass – Alan Silva
• Cornet – Clifford Thornton
• Drums – Sunny Murray
• Gong, Tambourine, Bells – Arthur Jones (tracks: A1, A2)
• Piano – Dave Burrell
• Tenor Saxophone – Archie Shepp (tracks: A1, A2)
• Tenor Saxophone, Flute – Kenneth Terroade
• Timpani [Tympani], Bells – Earl Freeman (tracks: A1, A2)
• Trombone – Grachan Moncur III
• Trumpet, Flugelhorn – Lester Bowie (tracks: A1, A2)
• Voice, Bells – Jeanne Lee (tracks: A1, A2)
• Xylophone [Belafon], Bells – Malachi Favors (tracks: A1, A2)

Image utilisateur

On monte en température avec Sunny Murray. Ils sont venus, ils sont tous là, Delcloo a envoyé Paul Alessandrini et le photographe Jacques Bisceglia quérir la bande à Shepp au festival d’Alger, celui-ci a signé un contrat d’exclusivité mondiale sauf pour les Etats-Unis. Un truc extraordinaire se prépare, jamais vu en France, en deux mois la fine fleur mondiale du jazz moderne va enregistrer à Paris une vingtaine d’album, vers la fin de la période jusqu’à un album par jour !

Ont-ils tous été conscients de ce qui se passait ? Une telle rencontre aurait pu engendrer l’uniformité, la ressemblance, la routine ! Non rien de tel, au contraire, le creuset est resté fécond, riche des rencontres et de la diversité…

Sunny Murray, une légende déjà, n’a-t-il pas réinventé le jeu de la batterie ? Redécouvert la puissance des cymbales ? Joué en dehors du temps pour mieux le défier ? Sunny Murray est un géant toujours en mouvement, son corps en entier est dans l’effort, il frappe, frappe, toujours, en continu en riant du tempo et de la continuité rythmique, jouant des intensités, force et puissance maîtrisées seront sa marque, devenant, quand il joua dans son orchestre, l’alter égo idéal d’Albert Ayler.

L’Afrique, oui l’Afrique, mais pas l’Afrique réelle, une Afrique rêvée et mythifiée, nourricière et riche de toutes les sagesses… Sunny Murray nous emmène, avec des mélodies simples, dans un foisonnement rythmique, traversé par le sifflement des flûtes de toutes sortes, vers une série de sommets paroxysmiques, jouant de mille percussions et de sons répétitifs sur lesquels la voix de Jeanne Lee psalmodie, portée par le piano… Anches et cuivres petit à petit s’ajoutent, Shepp tire et emmène la masse vrombissante vers un sommet du Spiritual Jazz !


Image utilisateur

Image utilisateur


Faute d'avoir trouvé Suns of Africa, en plus le son est pourri mais ça donne une petite idée...

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 16/06/15 à 09:02
04-Archie Shepp: Yasmina, a Black Woman

Image utilisateur

A1-Yasmina 20:00
B1-Sonny's Back 14:20
B2- Body And Soul 6:00

A1-B1-B2- Bass – Malachi Favors ; Drums – "Philly" Joe Jones ; Piano – Dave Burrell Tenor Saxophone, Voice; – Archie Shepp
A1- Alto Saxophone -Arthur Jones ; Bass – Earl Freeman ; Bass Saxophone – Roscoe Mitchell ;Cornet – Clifford Thornton ;Drums – Sunny Murray ;Percussion [Rhythm Logs] – Art Taylor ;Trumpet – Lester Bowie ;Xylophone [Balafon] – Laurence Devereaux
B1-Tenor Saxophone – Hank Mobley


L’enregistrement de cet album se déroule moins de deux semaines après la prestation d’Alger (cf la photo de la pochette de l'album). L’Afrique est encore dans les têtes, elle est aussi dans la musique. Trois des cinq membres de l’Art Ensemble de Chicago sont aussi présents, Roscoe Mitchell, Lester Bowie et Malachi Favors qui représentent la jeune garde, ils ont débarqué à Paris il y a peu et y resteront encore pendant plus de trois années pendant lesquelles ils enregistreront bon nombre d’albums.

Shepp aime les percussions, les tambours sont historiquement le premier instrument. Ils introduisent le premier titre de l’album : Yasmina, une longue composition de 20 minutes qui occupe l’ensemble de la première face de l’album. La voix, elle aussi, est l’instrument originel, Shepp scande à tue-tête « Uhuru ! Uhuru !» qui signifie « liberté ! » en swahili… Yasmina est un cri, celui des noirs opprimés qui luttent pour la liberté, c’est le cri des noirs du monde entier, porté par les tambours qui livrent les messages, ceux de la musique, de la «Great Black Music » !

Image utilisateur

« J’ai appris de Charlie Parker que la musique pouvait véhiculer un message » déclara-t-il autrefois, et ce disque en est la manifestation. Une sorte de Big band free est ici rassemblé pour ce premier morceau, ceux d’Afrique et de Paris.

D’abord… les rythmes ! Africains bien sûr, Sunny Murray et Philly Joe Jones à la batterie et aux percussions, comme un symbole, un pont entre hier et aujourd’hui, ils représentent à eux deux l’histoire de la batterie et nous convient à une orgie rythmique. Philly assure le rythme et Sunny la révolte sonore. Deux basses, lourdes, qui marquent le tempo, et un piano, celui de Dave Burrell qui bat lui aussi le rythme, avec sa main gauche, inlassablement. Tel un métronome, en dialogue constant avec Sunny Murray, il balise des espaces aux étranges contours.Les cuivres et les anches inscrivent des riffs de façon intermittentes mais entêtantes, donnant vie et oxygène à cette masse sonore et les solistes portés par cet énorme groove peuvent déposer sur les sillons la marque de la plus grande liberté.

Archie Shepp le premier pousse son cri avec ce timbre dont il est le seul dépositaire et qui, ici, prend toute sa dimension, avec la force de la maturité. C’est le blues que l’on entend, par bribe, encore et encore, retenu, puis sous l’effet d’une pression intérieure qui ne peut se contenir, il explose en un cri libérateur qui s’exprime dans la puissance et la durée, et ça vous emporte et vous embarque l’âme…

Sonny’s back est une composition de Grachan Moncur III et un hommage à Sonny Rollins. Archie Shepp y forme un duo de saxophone ténor avec Hank Mobley, pur fruit de la tradition bop. La réunion de ces deux styles peut sembler assez improbable, pourtant Archie s’est toujours inscrit dans l’histoire de la musique noire et la rencontre est ma foi réussie. On pourrait même parler d’un trio car l’ombre de Sonny Rollins plane sur ce beau blues. D’ailleurs Shepp est un caméléon et on peut entendre l’influence de Sonny dans le souffle d’Archie. Philly Joe Jones est dans son élément ici, il s’éclate à fond et ça s’entend ! Nous sommes dans la tradition avec quelques incartades hors des frontières, comme s’il fallait aller cueillir le fruit défendu…

Body and Soul pour fermer la boîte, ce magnifique standard magnifié par Coleman Hawkins. Shepp s’y montre déférent envers son aîné, ce qui rend le titre très émouvant, encore une belle réussite.

Un des grands albums de Shepp …

Image utilisateur

Image utilisateur


Non Connecté rockit
Inscrit le : 07/08/13
Membre Disque d'Or
1498 messages
Posté le 16/06/15 à 11:27
Sacré boulot auquel tu t'attelles là... Et effectivement, le free jazz est difficile à comprendre. J'en écoute peu. Et je ne saurait pas décrire pourquoi j'en aime certains plus que d'autres. Certains avec de bonne critiques ne plaisent pas et d'autres moins "connu" me plaisent beaucoup.

Merci d'essayer de nous faire aimer...

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 16/06/15 à 13:26

rockit a écrit :
Sacré boulot auquel tu t'attelles là... Et effectivement, le free jazz est difficile à comprendre. J'en écoute peu. Et je ne saurait pas décrire pourquoi j'en aime certains plus que d'autres. Certains avec de bonne critiques ne plaisent pas et d'autres moins "connu" me plaisent beaucoup.

Merci d'essayer de nous faire aimer...


Oui, ça s'apparente à une course de fond qui risque de finir en solitaire...

Mais bof! C'est la musique que j'aime, rebelle, irrévérencieuse, folle, capable d'exploser dans le crâne et de bouleverser, pour moi écouter du free c'est s'abandonner à la musique et se laisser guider, pas forcément vouloir tout prendre en une seule fois entre les oreilles mais aussi sélectionner, se concentrer sur le jeu de la basse et un peu plus loin sur celui de la batterie, faire la différence entre un alto, un soprano et un ténor. Curieusement, alors que le free fait fuir (exercice:répéter dix fois de suite "le free fait fuir" en allant de plus en plus vite) son écoute répétée récompense grandement l'auditeur et ce qui choquait autrefois paraît normal à beaucoup aujourd'hui!

Non Connecté rockit
Inscrit le : 07/08/13
Membre Disque d'Or
1498 messages
Posté le 16/06/15 à 14:16

cush a écrit :

Oui, ça s'apparente à une course de fond qui risque de finir en solitaire...


Tu risque bien de traverser quelques déserts en solitaire mais je crois quant même que beaucoup te rejoindront pour le final Camembert Electric


cush a écrit :

Mais bof! C'est la musique que j'aime, rebelle, irrévérencieuse, folle, capable d'exploser dans le crâne et de bouleverser, pour moi écouter du free c'est s'abandonner à la musique et se laisser guider, pas forcément vouloir tout prendre en une seule fois entre les oreilles mais aussi sélectionner, se concentrer sur le jeu de la basse et un peu plus loin sur celui de la batterie, faire la différence entre un alto, un soprano et un ténor. Curieusement, alors que le free fait fuir (exercice:répéter dix fois de suite "le free fait fuir" en allant de plus en plus vite) son écoute répétée récompense grandement l'auditeur et ce qui choquait autrefois paraît normal à beaucoup aujourd'hui!


Tu touche peut-être du doigt la différence entre le free que j'aime et celui que j'aime moins. J'aime ne pas avoir à me concentrer sur la musique et être tout de même pris, élevé de mon fauteuil par un maelstrom de sons indistincts et chaotique, que 99% de mon entourage appellerait "bruit", mais qui sonnent magnifiquement pour moi. J'ai plus de mal lorsque chaque instrument joue son truc de son coté sans lien apparent (du moins, à mes oreilles)

J'attends quant même avec impatience les Musica Elettronica Viva et Sonny Sharrock... sans compter ceux que je ne connais pas

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 17/06/15 à 07:59

rockit a écrit :
(citation)
Tu risque bien de traverser quelques déserts en solitaire mais je crois quant même que beaucoup te rejoindront pour le final Camembert Electric


Justement le suivant c'est le premier album de Gong (sous sa forme première). Hélas, comme pour tous les albums de rock de la série les prix gonflent pour l' original... Il va falloir s'y atteler!

Non Connecté luxfan
Inscrit le : 03/04/12
Membre Disque Diamant
4229 messages
Posté le 17/06/15 à 11:17
Le free jazz ça m'intéresse aussi, c'est comme les autres genres, il y a toujours des bons enregistrements à s'écouter, j'en ai quelques uns (pas beaucoup, ont en croise pas souvent), je les présenterai. Bravo Cush, tu fais un sacré boulot, la devise de Saravah ne te correspond pas du tout.

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 17/06/15 à 15:32

luxfan a écrit :
Le free jazz ça m'intéresse aussi, c'est comme les autres genres, il y a toujours des bons enregistrements à s'écouter, j'en ai quelques uns (pas beaucoup, ont en croise pas souvent), je les présenterai. Bravo Cush, tu fais un sacré boulot, la devise de Saravah ne te correspond pas du tout.


On vit dans une société où on pousse les vieux à travailler de plus en plus longtemps alors que les jeunes ne trouvent pas de travail, à quoi ça sert de tuer les vieux et de décourager les jeunes? Je t'assure, la société est mal faite:
"Il y a des années où l'on a envie de ne rien faire"

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 17/06/15 à 15:43
05- Gong-Daevid Allen, Gilli Smyth : Magic Brother

Image utilisateur

1. Mystic Sister / Magick Brother (6:16)
2. Glad To Sad To Say (2:55)
3. Rational Anthemn (4:10)
4. Chainstore Chant / Pretty Miss Tittty (5:19)
5. Fable Of A Fredfish / Hope You Feel Well (3:99)
6. Ego (3:54)
7. Gongsong (3:48)
8. Princess Dreaming (3:52)
9. 5 & 20 Schoolgirls (4:30)
10. Cos You Got Greenhair (5:02)

Daevid Allen : guitare, chant
Gilli Smyth : chant, space whisper
Didier Malherbe : flute, saxophone soprano
Rachid Houari : batterie

Image utilisateur

La nomenclature de la pochette ne fait pas de doute, c’est bien le premier album de Gong, même si le nom des duettistes est précisé en toutes lettres. Le groupe Gong fera parti du fantastique festival d’Amougies en Belgique c’est donc tout naturellement que Jean Georgakarakos ira démarcher le groupe pour un contrat de trois albums en 1969.

Daevid Allen, Australien d’origine, devait traverser la Manche pour rejoindre le groupe Soft Machine dont il faisait parti, mais il se fera refouler par la douane, son passeport n’étant pas en règle, on évoque la photo d’une statue du Bouddha à la place de la sienne, certains, moins romantiques parlent d’un passeport périmé… Quoiqu’il en soit, à quelque chose malheur est bon puisque Daevid sera à l’origine de l’un des plus fantastiques groupes français. Sa compagne Gilli Smyth au chant et au « space whisper » effets spatiaux déformant sa voix, signe tous les titres, mais l’écoute révèle une (très) forte influence sur les compositions de la part de Daevid Allen. Didier Malherbe est déjà là, plutôt en accompagnateur, mais son influence ne cessera de grandir dans le son du groupe, plus étonnant, Rachid Houari, le batteur, vient des studios de Claude François ! Tradition BYG oblige, deux jazzmen, Narada Burton Greene et Barre Philips, passeront dans les studios pour accompagner le groupe, chacun sur un titre.

C’est un album un peu à part dans la discographie de Gong, il est composé de courtes pièces gravitant autour des trois minutes, l’ambiance est assez folk ou pop, finalement peu d’envolées rock (un peu quand même), mais déjà un côté déjanté assez prononcé et une bonne dose d’influence psychédélique, certains titres sont carrément planants. On peut penser aux deux premiers albums de Soft Machine ou aux premiers enregistrements de Floyd avec Syd Barrett s’il fallait chercher des références.

Même s’il n’atteint pas les sommets des successeurs, un bon album tout de même, en fait le genre d’album auquel on s’attache au fil des écoutes, sans même s’en apercevoir…

Image utilisateur

Image utilisateur


L'album en entier, à partir d'une rééditon.

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 18/06/15 à 17:28
Claude Delcloo, Arthur Jones : Africanasia

Image utilisateur

A Africanasia 19:10
B Africanasia 17:27

Arthur Jones - alto
Kenneth Terroade - flute
Roscoe Mitchell - flute
Joseph Jarman - flute
Clifford Thornton - conga drums
Malachi Favors - log drums
Earl Freeman - gong, bells, percussion
Claude Delcloo – drums

Image utilisateur


Claude Delcloo a pris une place centrale dans l’écurie Byg, c’est un interlocuteur privilégié des musiciens, d’autant qu’il joue lui-même de la batterie. Bien sûr, son nom ne fait pas rêver à l’image d’un Sunny Murray ou d’un Ed Blackwell, mais tout de même c’est un bon musicien, au gré des sessions il accompagnera Burton Greene et Jacques Coursil.

En compagnie du guitariste Joseph Déjean il va créer le groupe Full Moon Ensemble qui accompagnera Archie Shepp sur deux albums de la série. En 1970 avec ce groupe il va signer un album assez mythique « Crowded with loneliness » chez CBS, très rare mais heureusement réédité. Sans doute a-t-il préféré signer avec une major car, il faut bien le dire, chez BYG les intérêts des musiciens n’ont guère été préservés… A l’époque, et sur l’enregistrement qui en témoigne, le groupe free soutient la voix de Sarah qui dicte des poèmes avec un style très incantatoire, ce qui éloignera les critiques du groupe, mais le public, lui, a répondu présent.

La critique justement ne sera pas tendre avec Delcloo sur cet album, de façon assez injuste me semble t-il, car l’écoute en est agréable, elle ne bouleverse pas mais offre de bons moments, on remet l’album sur la platine avec plaisir: si la musique ne sait pas vous prendre elle accompagnera volontiers vos rêves et vos vagabondages.

Sur les notes de pochettes Delcloo explique lui-même son projet : « … J’ai ordonné cette composition de façon à lui conférer une couleur asiatique (mélodiquement) et Africaine (rythmiquement). Basée sur un leitmotiv très simple, revenant régulièrement au cours des improvisations, dans le but de servir de tremplin aux solistes, Africanasia prend un caractère obsessionnel très prononcée.»


Image utilisateur


Arthur Jones à l’alto assure parfaitement bien son rôle de soliste, dans une certaine tradition, sans s’éloigner des préceptes d’un Eric Dolphy par exemple, mais derrière son jeu la tension couve de façon latente. Trois flûtistes sur le canal gauche (face une) puis sur le canal droit (face B) interviennent presqu’en continuité sur l’album, il est difficile de différencier les musiciens tant les sons des flûtes s’entremêlent à la façon des serpents qui, sous l’effet d’une attraction irrésistible, s’enlacent en désordre extravagant lors d’une bacchanale…

Trois percussionnistes (de choix) suppléent Claude Delcloo avec brillance, dessinant les contours d’une Afrique originelle, pure, fille du soleil, de l’air et du vent. On remarquera la présence de Clifford Thornton qui a abandonné son cuivre pour se mettre aux congas, c’est l’école de Sun Ra, à laquelle il a été formé, qui enseigne à tous les musiciens qu’ils sont aussi également des percussionnistes.

N’en déplaise aux critiques de l’époque, un album avec lequel il est difficile de se fâcher.

Image utilisateur

Vous devez être connecté pour ajouter de nouveaux messages.
Vous êtes ici : Accueil >> Index du Forum >> On Record >> La série « ACTUEL » du label BYG Records

Connecté(s) sur le site : oeseb, castafiore, xprojet et 23 visiteur(s)

testeur voyage Sections Vinyle
Vous disposez d'un droit d'accès, de modification ou suppression des données vous concernant à l'adresse suivante :contact
Copyright © 2009-2016 Vinyls-collection.com ® - Tous droits réservés